AU JUGÉ (à l'arrachée)                                                                 clichés 1981-1984 

 

La photographie s’est invitée à l’adolescence, sans que je ne vois venir le coup. Je ne me souviens pas avoir choisi, si ce n'est un Leica M3 d'occasion, je me souviens m’être laissé guider par l’envie. C’était quoi donc ? Des figures dont le souvenir n'évoque presque plus rien, quelques moments indéterminés dans des lieux improvisés, dans l'attente que quelque chose advienne et sans véritable illusion. De simples soirées attendues comme des fêtes, des visages, chacun étranger à l'autre mais mus par le désir d'être à l'événement, grisés par les mêmes alcools et la fumée partagée. Des paroles qui tentent d'établir de vraies conversations et qui résonnent dans la solitude de l’espace où habite chacun, des ratages, des espoirs jetés de l’avant. Des photos volées dans une complicité feinte avec en tête William Klein, Joseph Koudelka et Henri Cartier-Bresson. Lectures incomplètes, mal comprises, jugements rapides, amours rapides, vraies déceptions, quiproquos et malentendus, égarements et l'errance à l'aube en fuyant les lieux devenus froids comme un lit d'hôpital. L’hôpital, trop longtemps, trop violemment. Là j’ai découvert Michelangelo Antonioni et Stéphane Mallarmé. Et puis, des amis fidèles aussi, la hargne des concerts, l'indifférence des adultes, leur cécité, leur surdité. Alors, presque chaque jour, j'ai marché tant que j'ai pu, capturant au jugé, à l'arrachée, tout ce que j'ai pu. C'est comme cela que furent ces années à présent loin derrière.