PARADE

 

Chaque année, depuis plus d’un demi-siècle, la vie à Cannes est mise entre parenthèses pendant deux semaines, comme suspendue aux évènements de la Croisette durant le Festival du film.  La chasse aux portraits volés de stars est ouverte et elle ne m’intéresse pas. Je marche dans cette petite ville qui, deux semaines durant devient bondée comme un club privé. Tout se joue en apparence sous le soleil et l’éclat des paillettes et la nuit sous les sunlights. J’assiste à la parade des filles en robes de soirée, des hommes en costumes, tous s’exhibant avec la conviction d’appartenir au lieu et à l’évènement, d’être unique au cœur de la légende parmi les voitures de luxe, les bijoux de location et les yachts étincelants. C’est comme un cirque à ciel ouvert où se joue chaque année le mythe de l’éternelle jeunesse, de la beauté, de la célébrité et de la richesse. J’assiste au ballet de ces gens pressés qui fendent la foule, bifurquent, crient et disparaissent sous les coups de sifflets des policiers, les Ferrari qui rugissent, les flashs des paparazzi : c’est comme une fête foraine, un monde d’illusions, de beauté factice... J’assiste enfin, devant les marches du Palais des Festivals, à quelques pas du tapis rouge, à l’attente frénétique des fans vénérant leurs idoles. C’est cette faune hypnotisée par le jeu des vanités et le décor dans lequel elle évolue qui me fascinent. Vous ne verrez pas les stars qui ont fait et font l’actualité du festival dans cette série mais ceux qu’elles font fantasmer et le ballet de leurs tentatives pour approcher leur rêve. Le dernier jour du Festival, une équipe de télévision japonaise a souhaité m’interviewer. Je crois les avoir un peu déçus en leur avouant que je ne cherchais ni le glamour ni le luxe, ni les stars. Que cherchez vous alors ? J’ai répondu : j’observe la parade.